Pas étonnant qu’ils soient régulièrement choisis comme décors par les producteurs de cinéma. Si les noms de Grambois, Cucuron, Mirabeau, Ansouis, ou même Vitrolles en Luberon sont bien connus pour leur charme typiquement provençal et leur douceur de vivre, ils sont en revanche un peu moins connus pour les rôles qu’ils ont joués dans des films de premier plan. Et en particulier ceux tirés des œuvres de Marcel Pagnol, tant ces villages sont restés authentiques et ont conservé leur âme provençale. Et puis les chères collines du jeune Marcel ne sont pas très loin du Luberon…

Le cinéma dans le Luberon

Un film de Christophe Barratier, avec Guillaume de Tonquédec, Mélanie Doutey, François-Xavier Demaison, Anne Charrier et Léo Campion Sortie le 23 mars 2022.

En 1985, après de longs repérages, Claude Berri décide de planter le décor de ses deux films « Jean de Florette » et « Manon des Sources » dans le Sud Luberon, qu’il adapte de l’œuvre de Marcel Pagnol « L’eau des collines » et qu’il tourne simultanément. Mirabeau fut le village où la majorité des scènes furent tournées, mais Ansouis, classé comme l’un des plus beaux villages de France, et Vaugines, prêtèrent au réalisateur les vieilles pierres de leurs églises (Ansouis pour l’intérieur et Vaugines pour l’extérieur) pour les besoins de ses films. Ces derniers furent de véritables succès, récoltant une pluie de Césars en 1987 dont celui du meilleur film pour Jean de Florette, celui de la meilleure actrice pour un second rôle pour Emmanuelle Béart, celui du meilleur réalisateur pour Claude Berri et celui du meilleur acteur pour Daniel Auteuil.

Le Temps des Secrets
En plein tournage

Le Luberon a aussi attiré un autre réalisateur de talent, Yves Robert, quelques années plus tard, pour y tourner deux de ses films : « La gloire de mon père » et « Le château de ma mère ». Il réalisa simultanément les deux adaptations des deux premiers volumes des « Souvenirs d’enfance » de Marcel Pagnol. « Le Château de ma mère » sort quelques semaines après « La Gloire de mon père », le 26 octobre 1990. Les deux films sont aussi de grands succès et récoltent plusieurs récompenses. Il faut dire que le Luberon et ses villages offrent un décor de rêve au 7e art. Plus qu’un décor d’ailleurs, ils offrent un véritable voyage dans le temps, comme à Grambois.

Le Temps des Secrets
Action !

Grambois, décor intemporel du 7e Art

Ce village n’est pas un village, c’est une forteresse. Quand vous approchez de Grambois par la route venant de La Tour d’Aigues, vous comprenez pourquoi les habitants ont choisi ce rocher pour y poser leur château et leur village. L’occupation de l’éperon rocheux sur lequel il se perche actuellement est attestée à partir du XIe siècle.

Datant de 1377, le rempart constitue le front Est de la seconde enceinte du vieux village. Pendant les guerres de religion au XVIe siècle, de nombreux aménagements ont été apportés aux remparts de Grambois. Toutefois, toutes ces précautions n’empêchèrent pas l’armée savoyarde de s’emparer et de mettre à sac le village en décembre 1590, l’épisode le plus dramatique de son histoire.

Grambois
Le village perché de Grambois, aux allures de crèche provençale

En 2020, un autre grand cinéaste français a choisi ce village, entre autres, pour y tourner quelques scènes de son long métrage tiré du roman de Marcel Pagnol, « Le Temps des secrets ». Les caméras de Christophe Barratier ont filmé pendant quelques jours quelques scènes du roman se déroulant dans le petit village de La Treille, pour le plus grand bonheur des habitants de Grambois.

Le tournage du film “Le Temps des Secrets”

Une fois de plus, leur magnifique village sera mis à l’honneur sur grand écran, devenant le temps d’un film, le décor somptueux d’une intrigue provençale au casting prestigieux. Pour les besoins du tournage, la place du village est passée entre les mains d’une équipe de décorateurs, qui lui ont donné l’aspect d’une place typiquement provençale du début du 20e siècle. Ils ont réalisé un superbe travail d’embellissement et un peu de camouflage, le gros du décor étant déjà en place, les vieilles pierres de la place n’ayant presque pas bougé depuis des siècles.

Le Temps des Secrets
La Place de Grambois décorée pour un jour de fête

Le tournage à Grambois eu lieu en deux temps. Deux journées durant lesquelles quiconque se trouvait sur cette place faisait un voyage. Un voyage incroyable, tellement la place était métamorphosée. Les accessoires, les décorations faisaient parfaitement illusion, mais ce sont les figurants, les actrices et les acteurs qui étaient les plus éblouissants de vérité. Leurs costumes étaient si beaux, si fins, si fidèlement reproduits que ce ne sont pas des costumes que l’on voyait, mais bel et bien de véritables vêtements. Et toutes ces personnes faisaient écho à la place sur laquelle ils jouaient. Si l’on oubliait un instant les caméras, on faisait un formidable voyage dans le temps.

Le Temps des Secrets
Des figurants plus vrais que nature

Un voyage à une époque où les Messieurs portaient fièrement la moustache. Ils s’appelaient Auguste, Louis, Marcel ou André, ils étaient paysans, boulangers, ou instituteurs et vivaient ici, dans ces petits villages du Luberon. Ils se retrouvaient sur la place pour les fêtes, le marché, les parties de boules ou la messe… C’était aussi l’époque où les lavandières chantaient au lavoir, où elles confectionnaient elles-mêmes les paniers en osier qui porteraient leur linge, et où elles cuisinaient des recettes dont elles seules avaient le secret.

Le jour du tournage, tout ce petit monde se retrouvait donc sur cette place, et s’animait dans une joyeuse agitation, aux cris des « actions » et « coupez » de la production. Chaque séquence était répétée et tournée plusieurs fois, chacun maîtrisant son propre rôle. Et entre chaque prise, les techniciens s’affairaient autour des personnes en costume pour remettre de l’ordre dans les coiffures, les chapeaux, les robes, les moustaches… Rien n’était laissé au hasard. Du grand art…

Même l’âne semblait tiré tout droit de cette époque. Les enfants venaient le caresser, comme ils devaient le caresser à l’époque de Marcel Pagnol. Certaines choses sont immuables. Caresser un âne n’a pas d’âge, pas d’époque. Les masques bleus anti Covid 19 et les téléphones portables étaient pratiquement les seuls anachronismes visibles ce jour-là. C’est toute la magie du 7e Art, raconter des histoires avec des images, vous faire oublier votre propre dimension et vous transporter dans un autre univers. Celui de Marcel Pagnol, vu par la lentille de la caméra de Christophe Barratier, sera à n’en pas douter fascinant et émouvant. La Provence dans toute sa splendeur…

Le Temps des Secrets, un film de Christophe Barratier. Au cinéma le 23 mars 2022.

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